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Fiche anthropométrique

  • NOM : Boeuf
  • PRENOM : Nathalie
  • PSEUDO :
  • AGE : 35-45 ans
  • PROFESSION : Libraire Spé BD

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

Oui, régulièrement et à plusieurs reprises. Ma réaction dépend de la façon dont la personne se comporte. Je réponds plutôt par une note d’humour. Je ne me suis cependant jamais sentie en danger et cela n’a pas d’impact sur le reste de ma journée

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

Les solutions à court terme ne me paraissent pas forcément efficaces, l’éducation dès le plus jeune âge me semble une bonne idée. Expliquer aux garçons que les filles n’apprécient pas forcément de se faire suivre ou d’être vues comme des objets. Elevée par un père « féministe », je ne me suis jamais sentie inférieure à la gente masculine et l’on m’a toujours confortée dans cette idée.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

La place des femmes ne doit pas se faire sous forme d’un dictat de la parité. Le talent seul doit s’exprimer, certaines femmes historiquement parlant se sont imposées d’elles même. Même s’il reste encore beaucoup de progrès à faire pour changer les mentalités, nous ne faisons pas parti des pires pays regardant le droit des femmes, il est cependant inadmissible qu’à compétences égales un homme ait un salaire plus élevé que celui de sa comparse féminine.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

Cette question rejoint la précédente. Les quotas ne sont jamais une bonne chose. Les Femen forcent l’admiration dans certains cas et sont utiles à l’avancée de notre genre, s’assumer pleinement, revendiquer ses droits et vivre librement quitte à choquer les hommes me parait essentiel pour leur faire comprendre notre propos.

Pensez-vous que la bande dessinée ou d’autres médias culturels, la pop-culture en particulier, soient de bons moyens de lutter contre l’exclusion et la maltraitance faites aux femmes ?

Tout support artistique me parait utile pour lutter. Le cinéma, la littérature, la bande dessinée qui peuvent toucher un large public sont des bonnes alternatives . Les témoignages, l’écoute, en commençant par les forces de l’ordre qui ne sont pas toujours au point en la matière pour avoir recueilli des témoignages de femmes battues.

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

C’est cauchemardesque. La femme est réduite à l’état d’objet, de faire-valoir. Dans ces moments- là, l’on ressent aussi la force et la détermination de certaines à ne jamais se soumettre quels que soient les traitements subis. C’est ce que je déciderai de retenir.

Pensez-vous que notre société ait progressé sur les questions de discriminations faites aux femmes depuis 10 ans ?

C’est complexe. En matière de discrimination, l’on fait parfois 3 pas en avant et 2 en arrière. Dans certaines zones du globe, l’on vit encore au Moyen Age. Mais les femmes sont plus fortes, doivent mener plusieurs combats en même temps : leur vie familiale, professionnelle et leur vie de femme. La dépendance financière vis-à-vis de l’homme se fait moindre. C’est important. Les hommes le vivent parfois mal. Parfois non. Je constate dans mon entourage proche que certains hommes sont aussi impliqués que leurs femmes dans la gestion du quotidien.

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez vous pour enrayer ces statistiques ?

C’est parfaitement inadmissible , pour moi il ne doit y avoir aucune tolérance vis à vis de ces violences. Certaines femmes se sentent en danger au quotidien et ne trouvent pas toujours l’écoute nécessaire. Elles ont peur de porter plainte par peur des représailles, j’ai eu plusieurs amies qui ont été victimes de violences, il m’est arrivé d’intervenir. Je sais que ça n’est pas une solution mais j’ai moi même des pulsions de violence lorsque je suis en face de ce genre de cas. Le problème est malheureusement bien plus complexe, les hommes violents doivent impérativement être éloignés de leur famille, ne devraient plus avoir le droit de garde, les violences s’exerçant malheureusement également sur les enfants !

Que retenez-vous de la lecture de BITCH PLANET ?

Que la violence masculine peut facilement s’exercer sur la femme sous prétexte d’un sentiment de supériorité douteuse…qu’il en retire parfois du plaisir…que certaines femmes ne seront jamais avilies ou soumises. Que ça fait des siècles que l’arrogance et la suprématie de l’homme blanc s’exerce sur les autres. Qu’il est temps que ça cesse.

Ce récit d’anticipation vous semble-t-il si éloigné que ça de notre réalité ?

Oui, quand même. Je n’ai pas le sentiment que l’on bascule vers une telle réalité même si tout reste à faire.

Et vous, dans l’univers de BITCH PLANET, seriez-vous jugée nonconforme (NC) ? Pourquoi ?

Sans aucun doute, ma façon de vivre en elle même est non conforme, je me sens libre, indépendante, personne ne me dicte ma conduite ou mes faits et gestes. Je vis dans le 93 mais refuse de m’habiller en jogging pour ne pas subir les remarques machistes de certains. Des femmes se sont battues ou sont mortes pour nos droits les plus sommaires, cela serait leur faire injure que de se plier à l’autorité masculine.

ET VOUS, ÊTES-VOUS NON-CONFORME ?

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