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Fiche anthropométrique

  • NOM : ESCALE
  • PRENOM : Julie
  • PSEUDO : Genestairs
  • AGE : 30 ans
  • PROFESSION : Professeur d’Histoire-Géographie

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

J’ai plusieurs fois subi des situations de harcèlement, en particulier dans les transports en commun (métro parisien et marseillais, RER…). Plus jeune, j’avais tendance à fuir les commentaires désobligeants, à baisser la tête ou à perdre mon regard dans le vide en faisant mine de ne pas avoir entendu. Mais ces dernières années, je n’ai pas hésité à me mettre en colère et à provoquer le malaise de mon agresseur en m’adressant directement à lui, au vu de tout le monde.

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

Ce sont les mentalités qu’il faut changer, chez les hommes mais aussi chez les femmes. On ne pourra jamais éviter de tomber sur un déséquilibré dans les transports qui insultera des femmes ou tentera de les toucher. Ce qu’il faut modifier en profondeur c’est le regard de la société dans son ensemble sur la femme qui travaille, qui s’habille comme elle le souhaite, et qui se promène dans la rue ou qui prend les transports à l’heure où elle le souhaite. On peut déplorer aussi le manque de solidarité entre les usagers des transports ou même les passants: il est rare que tout le monde se mobilise lorsqu’une femme se plaint d’un homme dans le RER. Ce sont donc bien les esprits qui doivent évoluer, au moyen de campagnes de sensibilisation et peut-être d’une forme d’éducation à la diversité et à l’égalité, à l’école et à la maison.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

Il est bon de se mobiliser pour la cause de l’égalité homme/femme car c’est ainsi que les droits de chacun progressent, en France et dans le monde. Ceci étant, une femme ne doit pas être sélectionnée au FIBD parce qu’elle est une femme, mais bien en raison de son talent et de la qualité de ses publications. L’absence de femmes dans la liste de sélection n’est pas une forme de sexisme: le jury a mis, involontairement, le doigt sur un fait important : les femmes ne sont pas assez représentées dans le monde de la bande-dessinée, scénaristes, illustratrices, encreuses, éditrices également. Elles sont moins visibles, parce que moins écoutées, moins publiées, moins chroniquées par la presse.

Je pense donc que la mobilisation existe, qu’elle doit simplement gagner en intensité et en efficacité. L’histoire a prouvé que les droits des femmes françaises n’ont fait que s’élargir sur le dernier siècle. Cette évolution se poursuivra sans doute.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

Je ne crois pas à la discrimination positive ni à la technique des quotas. Le changement des mentalités peine à se mesurer par des chiffres. De même, les coups d’éclat du type FEMEN servent les femmes autant qu’elles les desservent. Je crois à l’égalité, principe républicain sur lequel repose notre nation. Toute la pyramide sociale doit être responsabilisée: de l’école,lieu de l’éducation à la diversité et au respect, à la vie familiale, où la place de la femme engagée dans la vie active doit être valorisée. Des grandes entreprises, où l’égalité salariale doit faire l’objet d’une loi inscrite au Code du Travail et appliquée avec toute la fermeté nécessaire, au sommet de l’Etat, où les compétences des femmes doivent être étendues, notamment aux postes régaliens.

Pensez-vous que la bande dessinée ou d’autres médias culturels, la pop-culture en particulier, soient de bons moyens de lutter contre l’exclusion et la maltraitance faites aux femmes ?

Je suis tout à fait d’accord avec cette idée en raison de l’audience exceptionnelle de la pop culture auprès des jeunes générations depuis une dizaine d’années.

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

BITCH PLANET est une contre-utopie dont le modèle sert à pointer les défauts du monde contemporain. C’est une fable sur les différentes violences faites aux femmes: physiques, morales, psychologiques, politiques et sociales. Le scénario illustre aussi l’emprise croissante des médias sur nos vies, dans un monde où exister, c’est faire de l’audimat. C’est également une histoire sur la privation des libertés fondamentales, qu’elle soit consentie par les citoyens, ou bien imposée (aux femmes “non-conformes”). C’est enfin une critique du “conformisme”, en particulier dans sa version patriarcale et bien-pensante.

Pensez-vous que notre société ait progressé sur les questions de discriminations faites aux femmes depuis 10 ans ?

Les discriminations faites aux femmes sont de plus en plus visibles dans notre société. L’affaire Jacqueline Sauvage ces dernières semaines l’a prouvé. Plus généralement, le thème de l’égalité homme/femme est davantage abordé par nos représentants politiques, au sein des entreprises et des débats de société. Pour autant, cette visibilité n’a pas permis de résoudre définitivement les distinctions de sexe.

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez vous pour enrayer ces statistiques ?

La question des violences faites aux femmes pose la question de la sécurité à laquelle chaque citoyen doit avoir accès dans un état de droit. C’est une de nos libertés fondamentales. Les évolutions doivent concerner la sécurité des femmes dans les espaces publics : des offres de transport en commun plus régulières, même la nuit, des patrouilles de sécurité efficaces et concernées, des espaces publics mieux surveillés par des caméras par exemple. C’est aussi une protection psychologique qu’il faut offrir aux victimes, par la création d’espaces de parole libre au coeur des quartiers, par un soutien constant et larges aux associations.

Que retenez-vous de la lecture de BITCH PLANET ?

Que malheureusement, on n’est pas à l’abri de connaître ce genre de chose un jour. Que les mentalités ont encore besoin d’évoluer.

Ce récit d’anticipation vous semble-t-il si éloigné que ça de notre réalité ?

On est loin des fondements de notre société; cependant, BITCH PLANET figure ce qui pourrait arriver si certaines dérives que nous pouvons déjà observer ne sont pas enrayées. C’est en quelque sorte, le pire des mondes possibles, pour les femmes, pour tout le monde aussi. Car si, dans BITCH PLANET, les femmes souffrent, les hommes semblent eux anesthésiés.

Et vous, dans l’univers de BITCH PLANET, seriez-vous jugée nonconforme (NC) ? Pourquoi ?

Je pense faire partie des NC en raison de mon attachement aigu aux libertés fondamentales et aux principes d’égalité et de justice sociale.

ET VOUS, ÊTES-VOUS NON-CONFORME ?

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