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Fiche anthropométrique

  • NOM : Smith
  • PRENOM : Sonia
  • PSEUDO : Phoenix Noir
  • AGE : 42 ans
  • PROFESSION : Archiviste

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

Oui, même si je trouve que le terme de victime est un peu connoté, il ne faut pas que les femmes se posent en victimes dès le départ, sinon, c’est déjà donner du pouvoir et de l’ascendant au harceleur. Remarques déplacées, sexistes, à caractère sexuel, propositions indécentes, oui, cela est arrivé plusieurs fois, mais quand on les rembarre fermement, parfois, heureusement, ils partent penauds.

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

L’éducation avant tout, c’est par là qu’il faut commencer avant de réprimer. Certains n’ont peut-être même pas conscients de leur comportement parce qu’ils reproduisent bêtement ce qu’ils voient ailleurs. Sensibiliser les enfants dès l’école me parait indispensable. Il faut aussi donner confiance aux femmes. Je n’aime pas l’idée de répression mais devant le sentiment d’insécurité que les femmes ressentent en ville, que faire ? J’aimerais aussi qu’on reprenne l’idée des militantes des années 1970 avec leurs marches nocturnes où elles réinvestissaient la rue ainsi que les cours d’auto-défense. Cela donnerait davantage d’assurance aux femmes et ne les poserait pas seulement comme des victimes qu’une société patriarcale devrait défendre.

Avez-vous été victime ou confrontée à un acte de discrimination au travail ? Lequel ?

Pour ma part, non, j’ai eu assez vite un poste à responsabilité et je n’ai pas eu de souci sur ce plan là. Cela n’évite pas les attitudes misogynes de certains collègues mais, au moins, cela n’a pas entravé ma progression professionnelle.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

Le problème est aussi de savoir comment on le fait. Je le redis, poser les femmes systématiquement en victimes ne me parait pas être toujours une solution. Il faut aussi les poser en exemple en soulignant leur apport dans tous les domaines : scientifique, littéraire, artistique ou sportif par exemple. Il convient également de lutter contre le retour de l’hypersexualisation et la mise en case (les garçons en bleu, les filles en rose et autres stéréotypes du genre). Refaire des femmes des stéréotypes est dangereux et il me semble qu’on assiste à des dérives flagrantes dans ce domaine en ce moment.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

Les actions des Femen ont le mérite d’être médiatiques, même si, hélas, il faut montrer ses seins pour être entendues. Ce sont des femmes fortes qui n’ont pas peur du conflit et je les admire pour cela. Là encore, à mon avis, la différence se fera dans les messages qu’on fait passer à l’école ou dans les médias. Aucun domaine ne devrait être interdit aux femmes, il faut qu’elles puissent investir tous les pans de la société sans que cela soit vu comme un événement ou une exception. Il faut rééquilibrer l’Histoire en travaillant à réintroduire l’histoire des Femmes dans les manuels, en leur ouvrant les carrières les plus diverses. Évidemment, il est parfois triste de devoir parfois en passer par les quotas qui sont une solution du désespoir, mais dans le milieu politique vieillissant et hyper machiste qui est le nôtre, comment faire autrement. Toutefois, les quotas ne me paraissent pas être toujours la meilleure réponse, il faut instiller par des discours réguliers l’égalité en montrant que les Femmes sont présentes à tous les niveaux de la société et ce, depuis toujours, sans que cela paraisse être une bizarrerie. C’est un combat complexe qui ne se fera pas sans résistance mais qui est plus que nécessaire.

Pensez-vous que la bande dessinée ou d’autres médias culturels, la pop-culture en particulier, soient de bons moyens de lutter contre l’exclusion et la maltraitance faites aux femmes ?

Oui, tout à fait, c’est un domaine qui doit s’investir et qui, finalement, le fait plus que d’autres. Quand on voit le nombre d’héroïnes féminines dans les comics, on y trouve certes certains stéréotypes mais aussi des personnalités fortes. C’est en lisant des comics que j’ai trouvé les premiers personnages féminins auxquels j’avais envie de m’identifier. La pop-culture a certes, comme ailleurs, ses machos mais finalement, en grattant un peu, elle est sans doute moins rétrograde que d’autres milieux, notamment sportifs. La pop-culture touche un large public inter-générationnel et peut-être un très bon moyen de sensibiliser les lecteurs aux problématiques sociétales que sont la maltraitance ou l’exclusion.

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

On y retrouve de nombreuses thématiques pas seulement féministes même si la première d’entre elle est une domination patriarcale sans partage. On a l’impression d’être revenu dans les années 1950 voire au XIXe siècle mais aussi dans un monde orwellien dirigé par un Big Brother machiste. A cela est couplée une dénonciation très juste de la société du spectacle à tout prix qui est là pour détourner les foules des vrais problèmes en permettant d’opprimer une partie de la population grâce à des principes moraux éculés.

Pensez-vous que notre société ait progressé sur les questions de discriminations faites aux femmes depuis 10 ans ?

Comment répondre de manière simple à cette question ? Une partie de la société se saisit de la question et les associations féministes se mobilisent pour que ce combat de tous les instants ne finisse pas aux oubliettes en médiatisant certaines situations ou certains soucis (comme le manque de femmes dans les palmarès, le manque de prise en compte du viol ou des violences domestiques dans la société…), mais il existe aussi des forces contraires, notamment religieuses ou politiques qui s’expriment davantage qu’avant et qui offrent un discours régressif plutôt inquiétant. Les acquis que l’on croyait en partie gagnés après les grands mouvements des années 1970-1980 paraissent être remis en question constamment et il faut plus que jamais rester vigilants.

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez vous pour enrayer ces statistiques ?

Une plus grande prise en compte des plaintes de ces femmes : quand on lit les témoignages des femmes qui portent plainte pour viol ou violence domestique, on est parfois affligé par le manque d’écoute et de solution qu’on leur apporte.

Que retenez-vous de la lecture de BITCH PLANET ?

Je retiens que le pire peut toujours arriver si on n’est pas vigilant. Avec des moyens de communication, des médias, on peut faire passer n’importe quel message de terreur et d’oppression et c’est ce qui se passe dans Bitch Planet. L’oppression des femmes fortes y est justifiée par la peur qu’elles déstabilisent l’équilibre social, en l’occurrence le patriarcat. Ce titre incarne aussi un peu d’espoir : même incarcérées, certaines femmes résistent et gardent leur intégrité malgré les pressions dont elles sont l’objet.

Ce récit d’anticipation vous semble-t-il si éloigné que ça de notre réalité ?

Hélas non, il suffit d’actes de violence, d’une instabilité politique, économique, tout peut provoquer une peur irrationnelle et permettre ainsi aux dirigeants de trouver des boucs émissaires. Et pourquoi pas les Femmes ? N’oublions pas que les religions et certains idéologues préfèrent voir les femmes muettes et dans un rôle subalterne. Il faut considérer que rien n’est jamais acquis et que les droits obtenus peuvent être très vite remis en cause.

Et vous, dans l’univers de BITCH PLANET, seriez-vous jugée nonconforme (NC) ? Pourquoi ?

Inévitablement, je suis sensible à la cause féministe, je suis lesbienne, j’ai horreur du patriarcat, de la domination d’une moitié de l’humanité par l’autre sous des prétextes fallacieux (religion, politique, économie ou soi-disant capacités physique), je suis typiquement le genre de femme qui finirait sur Bitch Planet dans les premières.

ET VOUS, ÊTES-VOUS NON-CONFORME ?

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