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Fiche anthropométrique

  • NOM : BAUTHIAN
  • PRENOM : Isabelle
  • PSEUDO : Emidreamsup
  • AGE : 37 ans
  • PROFESSION : Romancière, scénariste et traductrice

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

Un grand nombre de fois. Avant, je faisais un doigt d’honneur, ou je répondais d’un simple « va chier ! ». Parfois, j’ignorais. Maintenant, il m’arrive d’être plus pédagogue.

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

Essentiellement l’éducation des hommes.

La prise en compte par les deux sexes du fait qu’il ne s’agit pas de “drague” (la plupart des harceleurs sont d’ailleurs surpris, voir ennuyés, quand on réagit comme si on était intéressée), mais de tentative de domination d’autres êtres humains.

La sensibilisation des gens aux résultats des études de genre. L’objectif devrait être de permettre aux personnes de considérer l’individu en face d’eux indépendamment de son sexe ou de son genre.

Des changements, également, dans l’éducation des filles, qu’on incite souvent à croire à tort qu’elles ne peuvent pas se défendre physiquement, voire même verbalement (répondre de manière impolie n’étant pas considéré comme féminin). Mais l’essentiel des mesures de prévention doit se focaliser sur les bourreaux, non les victimes.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

Non. Mais on en fait bien plus qu’avant, et on commence à remettre en question des comportements désastreux entrés dans les moeurs. Il y a tout de même un manque flagrant d’information des personnes qui ne prennent pas elles-mêmes la peine de faire de lourdes recherches. Et le sexisme, probablement parce que souvent moins frontal, est minimisé par rapport à d’autres discriminations. Beaucoup de gens se cachent derrière une prétendue « complémentarité » des deux sexes pour refuser le droit à l’égalité.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

Les quotas sont un pis aller qui semble efficace, mais il faut bien expliquer que les discriminations qui leurs sont associées sont là pour corriger un déséquilibre artificiel, pas en créer un : ce sont les hommes actuellement à des postes dont on exclut les femmes qui ont subi, en premier, une discrimination positive. Je pense cependant que ces mesures doivent s’accompagner d’un gros travail éducatif pour contrer les idées reçues très ancrées dans la société, de débats, et de la large diffusion des études non politisées les plus récentes quant à la situation des femmes en France et dans le monde, ainsi qu’aux réalités scientifiques derrière les notions de sexe et de genre.

Les actions « fortes » me semblent une bonne chose également, même si je trouve que celles des Femen manquent de cible claire et relèvent beaucoup de la provocation immature. Elles ont cependant le grand mérite de faire plus parler du féminisme que bien des actions posées, intellectuelles et respectueuses, qui ne sont pas reprises par les médias. Même si leurs interventions en elles-mêmes prêchent peut-être essentiellement les convaincus, elles déclenchent des débats.

Pensez-vous que la bande dessinée ou d’autres médias culturels, la pop-culture en particulier, soient de bons moyens de lutter contre l’exclusion et la maltraitance faites aux femmes ?

Ils sont des moyens fondamentaux. Par définition, c’est la culture populaire qui touche le plus grand nombre. Mais leur but, avant de lutter contre l’exclusion, devrait déjà être de ne pas propager des stéréotypes. Le fait de travailler dans la pop culture est une responsabilité.

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

L’infantilisation des femmes et la volonté de les sauver d’elles-mêmes me parlent tout particulièrement. J’ai apprécié de voir présentées avec naturel des héroïnes grosses et/ou non blanches, et leurs caractères traités aussi soigneusement que ceux de personnages masculins.

L’idée d’une société qui accepte la tendance humaine à se regrouper contre « l’autre » et l’embrasse pour l’intégrer à sa morale est brillante. J’attends de voir comment elle sera traitée par la suite.

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez vous pour enrayer ces statistiques ?

Les mêmes que j’ai avancé précédemment concernant le harcèlement de rue. Egalement la sensibilisation des personnes aux notions d’emprise et de sidération, afin que l’on cesse de croire que les victimes sont forcément faibles psychologiquement (et physiquement, ce qui permettrait aussi aux rares hommes battus de sortir de la honte).

Aussi, que la presse cesse de minimiser ce genre de violence intra-familiale en parlant de « crimes passionnels ». Tous les crimes, à part ceux commis par des sociopathes, sont passionnels. Le fait d’être dans une relation de couple avec la victime, qui fait donc confiance à son agresseur, devrait au contraire être une circonstance aggravante. Et, encore une fois, ces violences ne sont pas liées à l’amour mais à une tentative de possession d’un autre être humain. Aussi, il serait bien de multiplier les structures pour permettre aux femmes de trouver facilement un refuge avec leurs enfants… Un suivi psychiatrique des hommes commettant ces crimes serait également bienvenu, même s’il est souvent vu comme une trop grande complaisance envers les bourreaux. L’important est le résultat, pas l’image.

Que retenez-vous de la lecture de BITCH PLANET ?

Des tentatives aussi violentes qu’infantiles et désespérées d’une société organisée pour fabriquer une conformité illusoire.

Le fait que, sur Bitch Planet, il semble difficile de s’en sortir si on est une femme douce et discrète. C’est une chose que je retrouve souvent dans certains points de vue prétendument féministes, où la femme est jugée l’égale de l’homme uniquement si elle renonce aux attributs généralement associés à son genre. Il y a une sorte de syndrome de Stockholm (même si ce terme est sans doute galvaudé) de la part de certaines femmes qui s’en sortent dans des métiers d’hommes en étant, naturellement ou non, très masculines, et jugent sévèrement celles qui ne le sont pas. L’homme violent et dur reste donc la norme, et la douceur et la discrétion sont encore et toujours stigmatisées.

Ce récit d’anticipation vous semble-t-il si éloigné que ça de notre réalité ?

Il me semble, si je ne considère que la France et ses voisins puisqu’ils correspondent au quotidien que je vis, relativement éloigné de notre réalité dans ses détails (ceci étant, l’Etat d’Urgence a vu des gens assignés à résidence pour leur non-conformité), mais pas dans son idéologie. Dans notre quotidien, le « redressement » n’est pas aussi clairement assumé, mais il est dangereusement insidieux.

Et vous, dans l’univers de BITCH PLANET, seriez-vous jugée nonconforme (NC) ? Pourquoi ?

Au bout d’un moment, probablement. J’ai un mode de pensée relativement décalé mais un mode de vie simple et familial et je suis très peu revendicatrice, donc je pense que je pourrais passer pour conforme. Mais, ayant également une grande gueule, il est probable que ça ne durerait pas longtemps. J’aime aussi croire que j’aurais du mal à me taire en sachant ce qui arrive aux non conformes. Espérons que je ne me surestime pas 🙂

ET VOUS, ÊTES-VOUS NON-CONFORME ?

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