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Fiche anthropométrique

  • NOM : Kéléchian
  • PRENOM : Audrey
  • PSEUDO : Jump
  • AGE : 35 ans
  • PROFESSION : Graphiste

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

Oui, évidemment et je ne connais pas une seule femme qui n’ait eu à en subir. Cela est allé de “simples” sifflements, aux propositions graveleuses, en passant par des insultes quand je ne réagissais pas en acquiesçant benoîtement aux désidératas de certains. La main aux fesses a également le vent en poupe… Un ravissement, je vous laisse imaginer ! Ma réaction : cela dépend du contexte. Pour des sifflements ou “invitations”, j’ai parfois laissé passer, souvent par lassitude, je le reconnais volontiers. A force, on en devient blasé, c’est navrant, je sais… Par contre, c’est bien la colère qui domine si l’on porte atteinte à mon corps, ou à celui de quelqu’un d’autre d’ailleurs. J’ai donc été parfois amené à me défendre.

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

Je crois qu’il n’y a pas de solution miracle, mais bien un ensemble d’actions à mettre en place et ceci dès la prime enfance : beaucoup de choses passent par l’éducation des plus jeunes, par la discussion aussi, forcément. Imposer une loi est réducteur à mon sens car, la loi, si elle n’est pas comprise, assimilée, reconnue comme légitime, ne pourra qu’avoir un faible impact sur la société. Évidemment, je pense malgré tout qu’il faut s’entourer du législatif pour que cette dernière dans sa globalité reconnaisse et admette l’importance du problème soulevé.

Avez-vous été victime ou confrontée à un acte de discrimination au travail ? Lequel ?

Je suis à mon compte, donc mon propre patron. Ainsi, sur ce point, ça va, je suis assez tranquille. Par contre, il m’est arrivée de constater des réactions assez misogynes ou carrément déplacées de la part de certains clients ou collaborateurs. Je me rappelle encore la remarque d’un client qui d’une manière goguenarde et tout à fait innocente m’a lancée : « J’ai viré l’autre graphiste car je la trouvais moche ! » Le pire c’est qu’il croyait réellement me faire un compliment… Navrant.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

Je crois surtout que c’est à nous les Femmes de nous affirmer encore plus, d’arrêter d’accepter par facilité, timidité ou un quelconque manque de confiance en nous la “petite” place que l’on nous réserve si aimablement.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

Si seulement je le savais… En tout cas, discuter ou créer des livres, bd, films, ou encore des pièces de théâtre, … qui permettent d’ouvrir le dialogue et de poser des problématiques, c’est déjà en un sens un bon début. Je crois réellement que les choses peuvent bouger par l’éveil des consciences.

Ensuite, j’ai du mal à avoir un avis tranché sur les quotas en général, à vrai dire… Il y a du bon et du mauvais dans chaque positionnement.

Ainsi, le point positif : cela évite d’épiloguer 107 ans et impose une certaine forme d’ équité automatiquement. Le problème, c’est que justement cela “impose” les choses ce qui n’est pas forcément la porte ouverte à “l’ouverture des consciences” et peut ensuite conduire à un problème de “légitimité” (à tort ou à raison, d’ailleurs).

Enfin, concernant le fait de renforcer des actions plus fortes : cela n’est pas nécessairement mon positionnement, mais, car il y a un mais, je reconnais volontierS que parfois, malheureusement, il faut un “grand coup” pour faire bouger les choses et attirer l’attention sur un problème de société. De tout temps cette question de positionnement c’est posée chez les Féministes : le début du XXe siècle a vu s’opposer deux styles sous la houlette de Millicent Fawcett pour les modérées à Emmeline Pankhurst pour les actions plus virulentes. Ces deux manières de faire le Féminisme ont eu indéniablement leur Efficacité. Peut-être que c’est cela la réponse : il faut des deux…

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

Une société féroce envers les femmes “inadaptées”, c’est à dire celles qui refusent les diktats qu’on leur impose ; le patriarcat, la perte du “moi” dans une société qui se déshumanise et où l’on se doit d’être conforme à la norme mais aussi la violence sous toute ses formes… voilà ce que je retiens le plus.

Déjà, je trouve que les thèmes sont abordés de manière forte et intelligente. J’aime l’idée qu’il y a un parti pris sans équivoque, que la violence soit bien retranscrite. Cette dernière, chacune à notre niveau, nous la vivons, peut-être pas exactement comme dans BP mais sous d’autres formes parfois plus insidieuses car moins visibles. J’y vois également comme un signal d’alarme, comme un panneau géant : “ATTENTION !” Car, après tout, est-on si éloigné de cette “société futuriste et patriarcale” ? Cela me pousse plutôt à me dire que l’on peut arriver à cette extrémité si justement on reste sur nos acquis.

Pensez-vous que notre société ait progressé sur les questions de discriminations faites aux femmes depuis 10 ans ?

Je vais terminer sur une note d’espoir : OUI, je le crois sincèrement. Quand je parle aux Hommes, je trouve qu’ils sont beaucoup plus ouverts sur ces questions et bien souvent sont même nos alliés. Les Femmes aussi me paraissent plus engagées, plus fortes et libres également, prêtes à s’imposer et à revendiquer leur place légitime. La société avance doucettement mais surement, j’en suis convaincue. Mais, il faut convaincre ceux et celles qui n’ont pas encore compris que le Féminisme est un Humanisme.

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez vous pour enrayer ces statistiques ?

Vaste sujet.

D’abord et toujours commencer par l’éducation. Que dès leur plus jeune âge, les enfants soient sensibilisés à ce sujet me paraît déterminant pour que les futures sociétés soient plus égalitaires et prémunies de toute cette violence.

Ensuite, il faut changer le regard de la société sur les femmes, leur rendre la place qu’elles ont occupé dans l’Histoire par exemple. Cela ne me paraît pas si anodin car cela permet de revaloriser enfin comme il se doit l’ image que l’on se fait de nous. Oui, de tout temps des femmes ont joué des rôles importants, éclairés, ont pesé sur le Monde, les Arts, la Culture, le Sport, les découvertes scientifiques. Il faut casser le mythe éculé de la “faible femme fragile et soumise” et créer de nouvelles héroïnes qui se rêvent astronautes, chirurgiennes, ou pompi…ères ! Voici une autre piste, féminiser les mots. Certain(e)s crieront à la barbarie (“On tue la langue française ! On l’assassine !”) ou au débat sterile. Non, on tord le cou à une grammaire sclérosée, voilà tout. D’ ailleurs j’ai lu cette phrase, il y a peu et elle m’a beaucoup plue : « Ce n’est pas seulement une règle de grammaire, c’est une règle sociale qui instruit que le masculin domine sur le féminin ». Tout est dit.

Ensuite plus prosaïquement, il faut que l’Etat intervienne pour que des structures d’aide, de soutien, d’écoute aux victimes soient plus largement mises en place. Former des gens, faire que la Police soit mieux préparée et puisse travailler en étroite collaboration avec la Justice. Car sur ce point aussi, je pense qu’il faut améliorer le système.

Puis, bien que je ne sois pas une fan d’un monde “tout carcéral” au contraire même, je pense malgré tout qu’il nous faut légiférer pour durcir les peines : un viol, une maltraitance, un crime dit passionnel, (et que l’on arrête de parler de “crime passionnel” comme si cela conférait des circonstances atténuantes !) doivent être sanctionnés plus durement : on ne doit pas minimiser ces actes et tolérer une société qui maltraite ses femmes. Il faut également un suivi psychologique, selon moi, car sanctionner est une chose mais il faut avant tout comprendre et régler le problème afin d’ éviter qu’il ne se reproduise.

Que retenez-vous de la lecture de BITCH PLANET ?

Une belle claque tant graphique que parce que les sujets abordés me touchent !

Et vous, dans l’univers de BITCH PLANET, seriez-vous jugée non-conforme (NC) ? Pourquoi ?

J’espère bien !
Etre dans la norme n’étant pas mon truc, je me contente d’être moi.

ET VOUS, ÊTES-VOUS NON-CONFORME ?

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