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Fiche anthropométrique

  • NOM : Moreira
  • PRENOM : Nina
  • PSEUDO : –
  • AGE : 26 ans
  • PROFESSION: Chef de projet dans une agence digitale

COMPTE-RENDU D’INTERROGATOIRE.

 

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Avez-vous déjà été victime d’un acte de harcèlement de rue (ou ailleurs) ? Comment avez-vous réagi ?

Il est souvent difficile pour les hommes, ou pour certaines femmes qui minimisent, de différencier harcèlement et simple drague. Mais une drague qui se fait insistante alors que tu as poliment dit à l’homme que tu n’étais pas intéressée c’est du harcèlement. Quand l’homme t’insulte, également. Quand il te suit pendant 20 minutes, également. Quand il se met devant toi pour te bloquer, également. Et quand il commence à te parler en te touchant, également. J’ai vécu tout ça, mais comme la plupart des jeunes femmes de ma génération. Et je n’ai jamais senti aucun intérêt et surtout aucune aide des autres passants ou des usagers du métro.

Malheureusement.

Quelles solutions voyez-vous pour bannir le harcèlement de rue ?

Nous en sommes à un tel point qu’il faut légiférer cet acte, pour que ce soit puni par la loi. On doit aussi être plus protégées dans les transports en commun. Mais il faut surtout revoir l’éducation qu’on donne aux futurs harceleurs (et harceleuses, car il doit y en avoir). Un homme ne doit plus penser qu’une femme est obligée de lui répondre, lui parler, lui sourire et lui donner son numéro car il le souhaite. Il ne doit pas voir les insultes, les propos sexuels avilissants comme quelque chose de normal. L’éducation dès le plus jeune âge à une vision égalitaire de la société et à une attitude sans agressivité envers l’autre sexe est primordiale.

Avez-vous été victime ou confrontée à un acte de discrimination au travail ? Lequel ?

Evidemment si je regarde mon salaire, je vois bien que je suis moins bien payée, malgré un bac + 5, que mes collègues masculins. Ensuite cela passe par de petites choses : si un nettoyage quelconque doit être fait on demande aux femmes, un achat à effectuer à l’extérieur on demande aux femmes, les blagues sexistes sont « cools », etc.

On parle beaucoup de la place des femmes en ce moment (Grand prix d’Angoulême, moins de femmes au gouvernement depuis le remaniement…). Pensez-vous que l’on en fait assez à l’heure actuelle pour faire bouger les choses ?

Absolument pas, puisque cela continue. Justement Angoulême est un parfait exemple de cette idée générale qui fait que les femmes sont moins bonnes, moins intéressantes etc. Et sont donc bien moins mises en avant, moins récompensées. A partir de 2017, les femmes vont enfin être autorisées à travailler dans les sous-marins de l’armée française. 2017… Il y a encore trop de professions où les femmes sont interdites, ou si elles ne le sont plus, dans les faits elles ne seront pas recrutées. Alors oui il y a une réelle amélioration depuis les années 60 où les femmes devaient obtenir une autorisation de leur mari pour travailler, mais la place de la femme n’est toujours pas équivalente à celle de l’homme dans la société.

A votre avis, quelles actions sont ou seraient les plus efficaces à l’heure actuelle ? Faut-il instaurer des quotas de femmes ? Renforcer des actions plus fortes comme le font les Femen ?

L’instauration du quota est délicat car cela peut engendrer une sélection liée au sexe et non plus à la valeur. Ce n’est pas très gratifiant. Personnellement je me sens bien moins proche des actions de la Femen que de celles du planning Familial ou de Osez le féminisme. Encore une fois, il faut également un travail de médiation et d’éducation de la part des associations mais pas uniquement. C’est le gouvernement qui peut pousser une société à être plus égalitaire. Et c’est le travail de l’école, d’éduquer les individus dans ce sens. Par contre, une action sur les salaires pourrait être réalisée, puisque des grilles de salaire existe, elles doivent pouvoir être appliquées également à des salaires plus équitables, et des sanctions peuvent exister en cas de non-respect.

Pensez-vous que la bande dessinée ou d’autres médias culturels, la pop-culture en particulier, soient de bons moyens de lutter contre l’exclusion et la maltraitance faites aux femmes ?

« Tous les moyens sont bons ». Les discours de Lena Dunham ou Emma Watson touchent la jeune génération. Evidemment ce que nous lisons ou regardons peut nous amener à réfléchir et à remettre en question le monde qui nous entoure. Je pense aussi que l’aspect « ludique » de la pop culture permet d’éduquer en douceur, et peut-être plus efficacement que de faire lire des manuels féministes à des ados.

Que vous évoquent les thèmes abordés dans BITCH PLANET ?

Je   ne pense pas que nous en arriverons là. Car les femmes ne laisseront pas cela se passer. Et de nombreux hommes sont pour l’égalité, mais surtout sont prêts à la défendre et à prendre part aux luttes. Par contre, les thèmes abordés : soumission de la femme au bon vouloir du mari et des gouvernants, à des critères physiques, à la domination masculine tout simplement, sont des choses qui existent déjà. Même si nous ne sommes pas envoyées sur des planètes lointaines, la pression sociale est très forte pour les femmes, ainsi que l’hégémonie masculine. Les thèmes m’évoquent donc la réalité de notre société. It’s a man’s man’s man’s world

Pensez-vous que notre société ait progressé sur les questions de discriminations faites aux femmes depuis 10 ans ?

Des lois ont été votées pour lutter contre la discrimination faites aux femmes dans différents domaines. Mais dans la pratique, il reste encore beaucoup à faire et il faut rester vigilante sur les pressions venant de partout qui tentent de remettre en cause les acquis du droit des femmes.

Beaucoup de travail a été fait en direction de l’égalité mais les consciences n’ont pas encore intégrées les changements légaux . A cet égard, il semble que la progression ne fasse pas dans le bon sens. Pour le moment… Peut-être est-il parfois nécessaire « de reculer pour mieux sauter »…

Les statistiques de la lettre de l’observatoire national des violences faites aux femmes (publication de novembre 2015) sont effrayantes :

–         en 2014, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint(e).

–         chaque année, 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves.

En moyenne, chaque année 84 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol

Quelles solutions préconiseriez-vous pour enrayer ces statistiques ?

L’éducation dès le plus jeune âge au respect des autres. Mais aussi l’éducation à ne pas avoir honte. Ce n’est pas parce que la femme a laissé brûler le repas qu’elle doit accepter de se laisser frapper par son mari. Et ce n’est pas à la victime d’avoir honte. Ces statistiques sont effrayantes mais elles doivent être encore en dessous de la réalité vu le faible taux de dépôt de plaintes. Les personnels de police et de santé doivent réellement être formés à réagir dès les premiers signes. Attendre que la victime s’en aille ou même porte plainte c’est lui tourner le dos. Les victimes se sentent souvent incomprises quand elles commencent à se bouger, c’est pourquoi des formations pour ces personnels pourraient les aider.

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