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Greg Rucka s’est prêté au jeu des entretiens scénariste à scénariste. Pour un scénariste et plus généralement, un écrivain, le pays et le milieu d’origine ont une influence considérable sur la manière de voir le monde et d’écrire. Un entretien avec Jean-David Morvan, consultant artistique chez Glénat Comics.

Jean-David Morvan : Je pense que l’endroit où on est né et l’endroit où on vit, nous influencent lorsque l’on écrit des bandes dessinées. Est-ce tu penses que Portland, a quelque chose de particulier qui se ressent dans ton travail ?

Greg Rucka : C’est une question à la fois intéressante et complexe. Une de mes séries s’appelle Stumptown (Oni Press) : c’est un des surnoms de Portland. Donc évidemment, le sujet est tout autant cette ville que l’histoire de la jeune détective que je mets en scène. En tant que scénaristes, nous sommes forcément des purs produits de la culture dans laquelle nous avons grandi.

Je suis donc nourri de la culture américaine au sens large, avec tout ce qu’elle a de plus moche à offrir (et une grande partie est vraiment horrible), ainsi que la culture de Portland, qui, pour moi, est plus brillante.

Tout cela m’influence beaucoup, que j’en sois conscient ou non. Et quand j’en suis conscient, évidemment, j’utilise ces influences de manière active.

Tu sais, un des principaux thèmes de Lazarus c’est la manière dont la culture américaine est exportée à l’étranger : c’est un capitalisme vampirique, destructeur.

Lazarus - Tome 3

Les différences culturelles sont même régionales : le Nord-Ouest des États-Unis, où je vis, et très différent du Sud profond. Il n’y a qu’à lire Southern Bastards, de Jason Aaron et Jason Latour, pour s’en convaincre. Je suis né dans une communauté très rurale, où le racisme est profondément ancré… Et quoique l’on fasse, c’est très difficile d’échapper à notre culture.

En tant qu’écrivain, ce qu’on veut, c’est s’ouvrir à différentes cultures, vivre des expériences humaines. Nous ressentons tous les mêmes sentiments, les expériences universelles (l’amour, le sentiment d’aimer sans être aimé en retour, la peur…) Mais là façon dont nous les décrivons et les représentons varie selon les cultures. C’est de cela qu’on ne peut jamais vraiment s’extraire.

JDM : Puisque tu parles de Southern Bastards, je trouve que la manière d’écrire est très différente de la tienne, dans Lazarus. Les deux manières de faire sont tout aussi bonnes, je ne cherche pas à comparer, mais dans Southern Bastards, Aaron pose une situation, la montre telle qu’elle est. Et toi, dans ton travail, tu montres une situation mais tu essaies toujours aussi de donner un autre point de vue. En expliquant, les choses de l’intérieur, tu nous proposes un contrepoint à cette situation, à travers les personnages.

GR : J’aime bien les juxtapositions. Je suis tout à fait conscient du fait que ce que le monde me semble être, peut apparaître différemment aux yeux d’autres personnes. Pour moi, le comics est une forme d’art et l’art doit servir un but. Nous voulons offrir aux lecteurs une source de divertissement, quelque chose qui leur plaise. Mais nous devons aller au-delà du loisir, proposer une expérience plus riche aux lecteurs, quelque chose de nouveau, qui les fasse réfléchir, aussi.

J’adore Batman, vraiment, mais honnêtement, au bout d’un moment, ça devient ennuyeux. Les gens lisent cela depuis 75 ans ! Nous le connaissons par cœur, nous avons eu droit au Batman joyeux, au Batman un peu idiot, au Batman de Frank Miller, plus sombre, celui de Scott Snyder…

Certains dessinateurs le représentent de façon très détaillée, chaque muscle et chaque tendon apparent… Et puis, d’autres ne vont dessiner qu’une ombre avec deux oreilles.

Je préférerai toujours cette ombre énigmatique. C’est bien plus puissant, comme représentation. Je me fiche de savoir ce qu’il est capable de soulever, ou d’écrabouiller… Son pouvoir est d’être à la fois absent et présent. C’est ce qui a fait le succès de Gotham Central : une histoire de Batman, dans laquelle Batman n’apparaît pas.

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Tu sais, un des principaux thèmes de Lazarus c’est la manière dont la culture américaine est exportée à l’étranger : c’est un capitalisme vampirique, destructeur. Greg Rucka

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