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Jean-David Morvan a vécu plusieurs années à Tokyo. Sa rencontre avec Jim Zub, le scénariste de Wayward, série dont l’action se passe à Tokyo, promettait d’être très intéressante !

Jean-David Morvan : Jim, j’ai vécu quelque temps à Mitaka et je me demandais : Comment t’es venue l’idée de faire un comics dont l’action se passerait au Japon ?

Jim Zub : J’adore Mitaka ! Près du musée Ghibli, c’est ça ? Steve Cummings, le dessinateur de Wayward, vit à Yokohama, pas très loin donc, avec sa famille. Ses connaissances sur le Japon sont très impressionnantes. J’adore ce pays, ses mythes et légendes, mais Steve m’a vraiment immergé dans le pays. C’est notre association qui a permis la création de Wayward. Je n’aurais pas pu faire cette série sans lui. Sa connaissance de la ville de Tokyo se ressent dans son dessin. On a l’impression d’y être.

Avant même que nous commencions à travailler ensemble, Steve avait réalisé cette illustration, celle de la première couverture de Wayward : la jeune fille qui devait devenir Rori, notre héroïne, entourée de tous ces chats, dans ce parc de Tokyo. J’avais trouvé qu’il se dégageait quelque chose de fort de cette image. Je lui ai demandé ce que c’était et il m’a répondu qu’un jour, il souhaitait dessiner une histoire surnaturelle qui se passerait à Tokyo. Dans le vrai Tokyo. Pas une histoire comme on en voit tant, de ninjas où se déroulant à Shibuya… Simplement, représenter la ville telle qu’elle existe aujourd’hui.

J’ai fait beaucoup de recherches et nous avons travaillé ensemble sur le rôle que la ville aurait à jouer dans notre histoire. C’est un personnage à part entière.

JDM : C’est amusant… Tu connais le dessinateur Bengal ? Ensemble, nous avons créé une bande dessinée, Naja. Cette histoire est née d’une illustration que j’ai vue il y a longtemps, sur son site internet, d’une fille assise sur un canapé. J’ai immédiatement eu envie d’en savoir plus sur elle, son passé… et de l’inventer.

JZ : C’est exactement pareil ! J’adore cette manière d’inventer des histoires. À partir d’un dessin, on tisse une vie.

L’été dernier, j’ai séjourné six semaines au Japon, avec ma femme. Quatre semaines à Tokyo puis, les deux semaines suivantes, nous sommes allés à Osaka, Kyoto, Kinosaki, Miyojima, Okunoshima, une île super fun, peuplée de lapins, et pour finir, Kobé.

JDM : J’aime beaucoup, Kobé. Osaka, aussi. Les gens sont amusants, là-bas. Ils ne parlent que d’argent !

JZ : Mais oui ! C’est dingue ! À Osaka, nous sommes allés dans un bar à l’américaine, empli de figurines de super-héros, de posters… Comme on m’avait donné l’adresse sur Twitter, j’ai tweeté que je m’y trouvais. Le propriétaire l’a vu et c’était la folie. Du genre « Oh, mon Dieu ! Un auteur Marvel est dans le bar ! ». On a bien ri 🙂

J’aimerais beaucoup aller au Comiket un jour, la plus grande comic-con du Japon. Mais je suis assez intimidé, ça a l’air énorme…

JDM : J’y suis allé souvent, il ne faut pas se laisser impressionner ! Les comic-con américaines sont immenses par rapport à nos festivals français. Au Japon, c’est encore plus grand qu’aux Etats-Unis. Alors si je compare le Japon et la France, ça donne le tournis…

Vous voudriez publier Wayward au Japon ?

JZ : Oui… Nous avons fait une version dôjin, c’est-à-dire auto-publiée. Steven et son agent ont fait la traduction eux-mêmes. L’édition est assez peu aboutie. Ils la proposent dans les festivals où ils se rendent. Nous avons contacté des éditeurs japonais mais nous avons l’impression qu’ils aimeraient que plus de contenu ait été publié avant de s’engager à sortir quoi que ce soit.

JDM : Oui, ils préfèrent, en général.

Et donc, tu t’es passionné pour les mythes et légendes japonais ?

JZ : Exactement. Avant de commencer, j’avais déjà lu pas mal de choses sur les yokai mais sans plus. À présent, j’ai vraiment envie de tout connaître sur le sujet ! Wayward est le résultat de deux envies : celle de Steven de raconter un Tokyo surnaturel et la mienne, d’expliquer comment les mythes et légendes sont abordés, dans notre monde moderne. Au fur et à mesure de la lecture, les lecteurs vont réaliser qu’il ne s’agit pas d’une histoire totalement centrée sur le Japon. Si son titre n’est pas japonais, il y a une raison à cela. Tokyo est la toile de fond de toute l’intrigue mais la thématique va au-delà.

JDM : Penses-tu, qu’au moins au début, placer l’intrigue de ton comics au Japon ait pu être un petit obstacle à franchir pour les lecteurs de comics américains ?

JZ : Étant tous les deux originaires d’Amérique du Nord, nous avions vraiment peur que les gens prennent notre série pour une imitation de mangas ou quelque chose comme cela.

Je ne prétends pas me comparer à Alan Moore mais c’est le meilleur exemple qui me vienne en tête. Il n’a jamais vécu aux Etats-Unis. Pourtant, il a eu envie de raconter des choses très intéressantes sur l’American Dream, le patriotisme, les super-héros américains…

L’important pour nous, c’est le message que nous voulons faire passer. Le décor où est situé l’histoire doit pouvoir varier sans problème, tant que les auteurs rendent le tout crédible et font les recherches nécessaires.

Mon boulot, c’est d’inventer l’histoire et de diriger les personnages dans une direction bien précise. Pour les détails, Steven apporte beaucoup : c’est lui qui sait si un personnage pourrait se comporter de telle manière plutôt qu’une autre, ou si un quartier serait plus adapté pour telle scène, etc. C’est une vraie collaboration.

JDM : Si certains détails peuvent nous paraître comme allant de soi, ce n’est pas le cas pour tout le monde. J’ai collaboré avec Jirô Taniguchi et l’histoire se passait en France. J’ai dû prendre des photos d’absolument tout ce que je mentionnais dans l’histoire, des décors à la manière de dresser la table… C’était amusant.

JZ : À l’inverse, parfois, en tant que scénariste, on se casse trop la tête ! Il y a quelque temps, j’écrivais une scène dans laquelle notre héroïne déjeune, au lycée. Dans mon scénario, j’expliquais qu’elle sortait son bentô, qu’il était enveloppé dans du tissu, etc. Steven m’a écrit : « STOP ! Pas la peine de détailler. Elle déjeune, j’ai compris. » 🙂

Une fois, Steven a même corrigé un itinéraire en métro que les personnages empruntaient… Il y avait un itinéraire bien plus rapide que celui que j’avais choisi.

Prochainement, j’aimerais intégrer à l’un de nos chapitres une carte de Tokyo, avec des petites punaises indiquant les endroits où se déroulent certaines scènes. Des lecteurs nous ont aussi envoyé des photos prises aux endroits dont nous parlons, en essayant de retrouver les mêmes angles et points de vue que dans les dessins de Steven. C’était génial ! Moi-même je n’y étais jamais allé avant l’été dernier.

C’était d’ailleurs étrange de me promener dans les dessins de Wayward…

Wayward – Tome 1

Un nouveau départ

Scénario : Jim Zub

Dessin : Steven Cummings

En librairie

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